Espace Généraliste

Pour quelques euros de plus

mardi 4 décembre 2007 par RETAUX Jean-michel

Monsieur,

Vous m’avez adressé un courrier annonçant le renforcement de la politique de délivrance des génériques.

En ce qui concerne certains(es) patients(es), sachez que je prescrit volontairement en "princeps" ; en effet chez les personnes agées de plus de 80 ans, l’expérience de terrain depuis 25 ans m’a montré les nombreuses erreurs de prise, provoquées par la prescription de médications génériques ; et donc les effets iatrogènes majeurs induits par ces erreurs. Vous ne manquez pas d’insister, à juste titre, sur la iatrogènie chez les personnes âgées, dans d’autres courriers !

J’ai été témoin, à de nombreuses reprises, de sérieux problèmes. En effet les pharmaciens gèrent les génériques avec leurs propres intérêts. Ceci induit des substitutions de princeps à génériques, et de génériques entre-eux. Ce qui fait que le patient prenant un princeps, se retrouve avec un générique au boitage différent, et avec un médicament de présentation différente. Lors du renouvèlement suivant, il lui est distribué une 2em forme générique du principe actif prescrit, avec un boitage et une présentation encore différente. D’où des doubles prises, ou des arréts intempestifs de traitement, trés fréquentes, et des situations accidentogènes nombreuses. Ma responsabilité de prescripteur pourrait être engagée en même temps que celle du pharmacien, voire la votre, en cas d’accident grave…

Pour information sachez que mon logiciel est paramétré pour prescrire systématiquement en DCI-générique, avec les limitations imposées par le programme Axisanté et par le dictionnaire Vidal électronique. Malgré mes nombreuses récriminations, je ne suis pas maitre de la politique de ces éditeurs, qui protègent l’industrie pharmaceutique. (impossibilité de prescrire en DCI les molécules non génériquées) Sachez aussi que statistiquement je fais partie des plus gros pourcentages de prescription de génériques de mon secteur d’exercice, comme vos DAM sont venues me l’annoncer !

En conclusion je continuerai de prescrire dans l’intérêt de mes patients, avant l’intérêt financier immédiat. Quelques euros de plus sur un certains nombres d’ordonnances sont loins des milliers d’euros dépensés pour traiter les effets iatrogènes graves, en hospitalisation, comme vous nous l’avez répété à l’envie encore récemment.

Ceci étant établi, il est bien évident que nous nous tirons une balle dans le pied, les honoraires de la profession étant liés aux économies réalisées. Néanmoins l’éthique prime sur l’intérêt financier, chose bien incompréhensible par beaucoup de décideurs du haut de leurs tours d’ivoire, et par nos confréres médecins conseils non soignants.

Vouloir me faire marquer "non substituable" de manière manuscrite, et à chaque ligne d’ordonnance, relève, à l’heure de l’informatique et du DMP, d’un comportement vicieux, dont on trouve effectivement à l’origine une célébre femme-ministre qui sévit encore dans le Nord….

Vous remerciant de l’attention que vous avez apporté à la lecture de la présente, veuillez agréer, cher monsieur, l’expression de mes salutations les meilleures.

Dr J-M Rétaux.

Lettre de la CPAM {JPEG}


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